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JO 2026: L'Ukrainien Heraskevytch disqualifié pour son "casque du souvenir", mais pas exclu
information fournie par Reuters 12/02/2026 à 17:12

Squelette - Conférence de presse de Vladyslav Heraskevych

Squelette - Conférence de presse de Vladyslav Heraskevych

par Julien Pretot et Karolos Grohmann

L'Ukrainien Vladislav Heraskevytch a été disqualifié jeudi de l'épreuve de skeleton ‌des Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina pour son refus de renoncer à porter un casque honorant des athlètes ukrainiens victimes de la guerre avec la Russie, a déclaré le Comité international olympique (CIO).

Alors qu'on lui avait initialement fait savoir que ​son accréditation permettant l'accès aux sites de compétition, au village des athlètes et aux zones dédiées aux médias lui serait retirée, le CIO a déclaré par la suite que l'athlète était finalement autorisé à la conserver.

La présidente de l'instance, Kirsty Coventry, a en effet demandé à la commission de discipline de "reconsidérer le retrait" de son accréditation.

L'athlète a été informé de sa disqualification après une réunion avec Kirsty Coventry, tôt dans la matinée sur le site de la compétition et ​30 minutes avant le départ de la course.

Il a insisté pour porter son "casque du souvenir", sur lequel sont représentés 24 portraits de compatriotes décédés, après l'avoir utilisé à plusieurs reprises à l'entraînement.

Son équipe a déclaré qu'elle ferait appel de la décision du CIO devant le Tribunal arbitral du sport, bien que ​la compétition ait déjà débuté.

Kirsty Coventry a déclaré aux journalistes qu'elle avait souhaité rencontrer l'athlète en personne dans un ⁠dernier effort pour sortir de l'impasse.

"Je n'étais pas censée être ici, mais j'ai pensé qu'il était vraiment important de venir ici et de lui parler en face à face", a dit la présidente, dont ce ‌sont les premiers Jeux à la tête de l'instance. "Personne, et surtout pas moi, n'est en désaccord avec le message, c'est un message puissant, c'est un message de souvenir, de mémoire."

"AUCUN MESSAGE"

"Le défi consistait à trouver une solution pour le terrain de jeu. Malheureusement, nous n'avons pas réussi à trouver cette solution", a-t-elle ajouté, la gorge serrée. "Je voulais vraiment le voir courir, ​ça a été une matinée riche en émotions."

"Il s'agit littéralement des règles et des ‌règlements et, dans ce cas précis, nous devons être en mesure de maintenir un environnement sûr pour tout le monde et, malheureusement, cela signifie simplement qu'aucun ⁠message n'est autorisé."

Le CIO l'a autorisé à porter son casque à l'entraînement et lui a proposé de l'afficher avant le départ et après l'arrivée de la course, tout en lui permettant de porter un brassard noir pendant la compétition, une exception au règlement.

"Avec regret, nous avons pris cette décision mais elle faisait suite à de multiples refus de s'aligner avec les directives du CIO sur l'expression des athlètes", a déclaré Mark Adams, le porte-parole du CIO, en conférence de presse. "Nous ⁠voulions profondément qu'il concoure, cela aurait envoyé un ‌message puissant."

"Il y a 130 conflits dans le monde, on ne peut pas avoir de déclarations à ces sujets pendant la compétition. (...) Si on commence à autoriser un athlète à s'exprimer, ⁠cela va simplement mener au chaos."

"JE NE LES TRAHIRAI PAS"

Le président ukrainien Volodimir Zelensky a critiqué la décision du CIO.

"Le sport ne devrait pas être synonyme d'amnésie, et le mouvement olympique devrait contribuer à mettre fin aux guerres, ‌et non faire le jeu des agresseurs", a-t-il écrit sur X. "Malheureusement, la décision du Comité international olympique de disqualifier le skeletoneur ukrainien Vladislav Heraskevytch dit le contraire."

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Andrii Sybiha, ⁠a, lui, qualifié cette décision de "moment de honte".

"Le CIO n'a pas banni l'athlète ukrainien, mais sa propre réputation. Les générations futures se souviendront de cet ⁠épisode comme d'un moment de honte", a-t-il déclaré dans un ‌message publié sur X. "Il voulait simplement rendre hommage à ses camarades athlètes tués à la guerre. Il n'y a rien de mal à cela, quelles que soient les règles ou l'éthique."

Le Comité olympique ukrainien, qui soutient son athlète ​dans cette affaire, a déclaré qu'il n'envisageait pas un boycott des Jeux à la suite de cette disqualification.

"Je suis disqualifié de ‌la course. Je ne vivrai pas mon moment olympique", a déclaré Vladislav Heraskevytch. "Ils ont été tués, mais leur voix est tellement forte que le CIO a peur d'eux. J'ai dit à Coventry que cette décision allait dans le sens du discours de la Russie."

"Je ​crois sincèrement que c'est précisément en raison de leur sacrifice que ces Jeux peuvent avoir lieu aujourd'hui. Même si le CIO veut trahir la mémoire de ces athlètes, je ne les trahirai pas", a ajouté l'athlète de 27 ans, qui avait brandi une pancarte "No War in Ukraine" ("Pas de guerre en Ukraine") aux Jeux olympiques de Pékin 2022, quelques jours avant l'invasion russe.

Moscou n'a pas réagi à cette controverse.

L'entraîneur de la Lettonie Ivo Steinbergs a dit à Reuters qu'il ⁠avait déposé une réclamation auprès de la Fédération internationale de bobsleigh et de skeleton pour que l'athlète soit réintégré.

La compétition de skeleton a débuté jeudi matin.

Ce n'est pas la première fois que le CIO sanctionne un athlète pour avoir exprimé un message politique.

Le cas le plus célèbre remonte aux Jeux olympiques d'été de 1968 à Mexico, lorsque les sprinteurs américains Tommie Smith et John Carlos avaient levé le poing, ganté de noir, lors de la cérémonie de remise des médailles du 200 m pour protester contre les injustices raciales aux États-Unis. Cela leur a valu d'être expulsés des Jeux, même si Tommie Smith a conservé sa médaille d'or et John Carlos celle de bronze.

Aux Jeux olympiques de Paris en 2024, la danseuse afghane de breakdance Manizha Talash, membre de l'équipe olympique des réfugiés, a été disqualifiée après avoir porté une cape avec le slogan "Free Afghan Women" ("Libérez les femmes afghanes").

(Reportage de Julien Prétot et Karolos ​Grohmann, version française Vincent Daheron, édité par Blandine Hénault et Sophie Louet)

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